La monogamie : Un carcan social à abattre ?
Date de mise en ligne : 04/02/2026 - Licence : CC BY 4.0
La monogamie peut avoir plusieurs sens selon son contexte. Sauf mention contraire, j’en parlerai principalement dans un contexte d’exclusivité sexuelle dans une relation amoureuse, en particulier au sein du couple. En opposition à la relation libre ou ouverte. Le couple étant aussi une norme sociale sur laquelle il y aurait à questionner. Peut-être pour un prochain article.
Ce sujet m’a toujours intéressé, tant on voit des histoires de tromperies et autres fidélités brisées à de nombreuses reprises au cours de notre vie. Pour autant, il me semble qu’on ne questionne pas assez ce modèle de vie sexuelle qu’est la monogamie et qu’on reste plus souvent en surface : la personne ayant été voir ailleurs manquant de contrôle, de respect, ou de n’importe quel mot / maux que l’on voudra mettre sur cette blessure causée par une confiance trahie. Ce n’est pas propre à ces situations que de trop rarement chercher à comprendre le cheminement qui a conduit à ce non-respect d’exclusivité. On se voit parfois rétorquer que chercher à comprendre reviendrait à être complaisante face à l’injustifiable. Je ne cautionne pas ce simplisme intellectuel.
Un historique de la monogamie
Quoi de mieux pour comprendre pourquoi nous en sommes là aujourd’hui que d’avoir un aperçu de notre passé sur la question. Une vidéo de Manon Bril parle de la monogamie moderne en Occident. Moderne au sens de la fidélité promise à une personne unique en amour et sexuellement, et non la monogamie du mariage telle qu’elle existait dans l’Antiquité. Elle confirme que cette exclusivité à un ou une partenaire est une norme sociale imposée progressivement par l’Église puis l’État. Amour et sexe n’étant pas systématiquement liés dans ces injonctions. Il a d’abord été question d’exclusivité sexuelle au sein du mariage avant d’ajouter l’exclusivité amoureuse.
Comme Manon Bril l’indique tout au long de la vidéo, il y a les normes et ce qu’en font les gens. Mais force est de constater que ces normes façonnent nos façons de vivre en majorité. Selon les normes dont il est question, le coût du contournement de celles-ci peut être trop élevé pour qu’on l’envisage. Au même titre qu’il faut déjà être consciente de l’existence des alternatives parfois pour permettre d’envisager autre chose. Un exemple étant l’omniprésence de l’hétéronormativité, qui a empêché certaines personnes d’explorer des sentiments et désirs naissants. Aussi en partie due à des pressions sociales.
S’écouter soi avant d’écouter la société
D’une apparente banalité, il n’y a pourtant que comme ça que le premier pas vers ce qui pourrait le mieux vous convenir sera fait. Avez-vous déjà ressenti du désir envers une autre personne que votre partenaire actuel(le) ? Un sentiment amoureux en dehors de votre couple ? Si oui, et si vous avez réfréné cela, demandez-vous pourquoi, et si les raisons qui vous viennent vous semblent en accord avec vous-même ou non. Si ce n’est pas le cas, peut-être que la monogamie n’est pas un modèle dans lequel vous pouvez vous épanouir et qu’il est temps de communiquer sur le sujet avec votre partenaire.
La communication, une autre banalité qui n’est que trop rarement mise en application alors qu’elle est tellement fondamentale, quel que soit le type de relation. J’en fais mention en parlant de mes services d’escort d’ailleurs, indiquant ne pas souhaiter m’immiscer dans des problèmes de couples. Si je ne porte aucun jugement sur la volonté d’aller voir ailleurs, je ne souhaite pas être la personne aidant à rompre un accord de fidélité à l’insu du ou de la partenaire absente.
Il est aussi question de la difficulté parfois d’aligner ses envies dans le cadre du couple. Une différence dans la libido de chacune, des pratiques sexuelles et autres fantasmes que vous aimeriez réaliser mais qui ne conviennent pas à votre partenaire, etc. Cela peut créer une frustration, peu importe l’amour que vous pouvez éprouver. Et si aucune entente ne semble possible, il vous faudra soit vivre avec cette frustration, soit prendre la décision de mettre fin à la relation en cours. C’est pourquoi il est essentiel de communiquer vos envies au plus tôt dans toute nouvelle relation. Aussi bien sexuelles que vos objectifs familiaux. Vous ne voulez pas vous rendre compte, après plusieurs mois voire années de couple, d’envies divergentes quant au fait d’avoir ou non des enfants.
Ce qu’en dit la recherche
Une méta-analyse récente de 35 études, pour un total de 24 086 personnes interrogées, a été publiée en mars 2025 par plusieurs chercheuses et chercheurs contrant le mythe selon lequel la monogamie serait supérieure, que ce soit au niveau de la satisfaction relationnelle et sexuelle. En effet, les conclusions de celle-ci pointent vers un niveau de satisfaction similaire que la relation soit monogame ou non-monogame. Et ce même en comparant certaines caractéristiques de la relation telles que LGBT+ vs hétérosexuelle, ou encore le type de relation non-monogame (relation ouverte ; polyamour1 ; ou monogamish, sorte d’entre-deux entre monogamie et relation ouverte). Il est cependant précisé, lors de l’analyse des sous-groupes, que dans les 5 études mesurant la confiance comme critère de satisfaction relationnelle, un niveau plus élevé est déclaré par les personnes non-monogames. De la même manière, 8 études (6 pour le polyamour et 2 sur l’échangisme) semblent indiquer que les personnes non-monogames sont plus satisfaites dans leur vie sexuelle que leurs homologues monogames.
Des limites sont toutefois émises :
- La première étant que les participantes et participants proviennent des réseaux sociaux et de l’effet boule de neige qu’il peut y avoir en lien, via les partages dans les cercles associés. La représentativité de la population n’est donc pas atteinte.
- De même que les questionnaires étaient tous auto-administrés, pouvant ajouter un biais aux réponses favorables à la non-monogamie.
- L’hypothèse que les non-monogames acceptant de répondre à ces études seraient moins susceptibles d’avoir vécu des expériences négatives est précisée.
- Une recherche a montré que des configurations différentes dans les relations polyamoureuses peuvent conduire à des niveaux de satisfaction différents. Les échantillons étant trop faibles en plus de ne pas être la cible principale de la méta-analyse, il a été jugé trop incertain l’apport de preuves solides pour ce sous-groupe.
- La plupart des études n’ont pas mentionné les différences entre les genres, indiquant seulement qu’il n’y avait pas de différence majeure entre les femmes et les hommes. Il serait souhaitable de s’éloigner de la binarité de genres, et de peut-être considérer à l’avenir de potentielles différences.
- Enfin, toutes les études étaient en anglais. La plupart ont été conduites aux États-Unis et dans les pays occidentaux. Pour préciser : 24 US / Canada, 6 Australie, 2 Portugal, 1 Espagne, 1 Italie et 1 dans plusieurs pays pour le total de 35.
Ce que j’en pense
Mon activité de travailleur du sexe me trahit. Mais même sans celle-ci, je ne me reconnais pas du tout dans la monogamie. Je ne conçois pas, ni l’amour, ni la sexualité, comme devant être réservées à une seule et même personne. Ni comme ne pouvant être exprimées pour plus d’une personne. Le monde est déjà une prison, je ne souhaite pas ajouter des contraintes inutiles à mon existence sous prétexte d’éventuelle jalousie ou d’un manque d’estime de soi. Je souhaite vivre tout désir sexuel ou amour naissant mutuel, sans devoir y mettre un terme par contrainte imposée pour ce que je pense être de mauvaises raisons.
Pour autant, toujours en dehors de la considération de mon activité, je n’exclus pas la monogamie. Si les probabilités de trouver satisfaction avec une seule personne me semblent faibles par mon ouverture sur les nombreux kinks existants et mon souhait d’en explorer un certain nombre, elles ne sont pas nulles.
Conclusion
À travers ce titre pouvant être vu comme provoquant par un certain nombre de personnes, il était davantage question de prendre du recul pour réfléchir sur nos raisons de vivre un tel modèle de vie sexuelle. Trop souvent, on s’enferme dans des carcans sans même se demander pourquoi. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour se poser la question.
La réponse est bien évidemment qu’on n'est pas toutes faites pour vivre en relation ouverte ou libre, en non-monogamie éthique, en relation polyamoureuse. La monogamie, si elle est consciemment choisie, est toute aussi légitime. Quel que soit le type de relation, ne vous forcez jamais à vivre celui-ci contre vous-même. Et surtout, de façon générale, n’acceptez jamais quelqu’un qui vous demande les libertés d’une relation plus ouverte sans vous les accorder. Sauf à ce que cela fasse partie de la dynamique que vous acceptez, vous valez mieux que ça et il est fondamental que les libertés offertes par ces types de relations s’appliquent à toutes les personnes impliquées.
Liens additionnels
- L’Instagram de Sabine Valens : Fidélité, mes fesses ! Elle a d’ailleurs sorti un livre à la date même de la publication de cet article : Aimer sans posséder sous-titré : "Une critique féministe de la fidélité".
- Un article d’Agnès Giard pour Libération en date du 15/01/2020 : De quand date la monogamie en Occident ? Il est essentiellement question de la monogamie du mariage, le livre servant de source étant Histoire du mariage.
- Un article en anglais de Stella Harris et Lindsay Geller pour Women’s Health en date du 09/01/2026 : Comment la pratique de la non-monogamie éthique peut être bénéfique pour vos relations (et votre santé).
Cet article a été écrit en accordant le neutre au féminin.
↑ 1. Peu abordée ici, ayant choisi l’angle de la sexualité plus que celui de l’amour. Mais quand je parlais d’un éventuel prochain article pour questionner la norme sociale qu’est le couple, j’avais le polyamour en tête.